

Une question de respect
Pour Rich Siegel, créateur de BBEdit, l’utilisateur passe avant tout.
L’un des plus grands éditeurs de code, toutes plateformes confondues, a un nom : BBEdit. À l’origine de sa conception, on trouve Rich Siegel, qui a lancé la première version du logiciel en 1989. Son objectif était plutôt modeste : il voulait créer un éditeur capable de gérer de « gros fichiers » (qui, à cette époque, atteignaient à peine 32 Ko).
« L’une des limites des Mac de la génération Pascal était de ne pas pouvoir gérer des fichiers sources de plus de 32 kilo-octets », explique-t-il.
BBEdit a fêté ses 25 ans en 2017. Sa rapidité et sa puissance lui ont permis de s’imposer dans le temps auprès des développeurs, des scientifiques et des designers web. Rich teste à présent des fichiers de 12 Go régulièrement.
À ce jour, Rich reste le principal architecte et ingénieur de BBEdit. Sur son bras est tatouée une molécule de caféine, illustrant son dévouement aux longues heures de travail. Nous l’avons rencontré au siège de Bare Bones Software à Boston, dans son bureau (qu’il partage avec deux perroquets gris d’Afrique).

Comment décririez-vous les premières années de BBEdit ?
À l’époque, pour publier un logiciel Mac, il fallait le soumettre à Info-Mac Archive, un dépositaire de transfert de fichiers d’archives numériques géré par Stanford. C’est ce que j’ai fait, et la nouvelle s’est rapidement répandue à travers la communauté informatique.
Ceux qui voulaient une copie sur disque pouvaient envoyer une disquette à mon domicile par la poste, accompagnée d’une enveloppe à leur adresse. J’étais submergé de disquettes.
Dans le monde de l’informatique, BBEdit est particulièrement ancien. Quelles évolutions avez-vous constatées au niveau de la base d’utilisateurs ?
Initialement, notre base comprenait surtout des développeurs de logiciels Mac, des scientifiques, des administrateurs système et d’autres spécialistes techniques. Un premier changement a eu lieu lorsque les développeurs HTML et web s’y sont intéressés. À mesure que la nouvelle se répandait, on a réussi à faire comprendre aux gens qu’Internet était constitué de texte (qui pouvait être traité comme des données ou comme un document). La vague suivante nous a apporté des architectes web, des cryptanalystes, et des scientifiques issus de domaines inattendus.
Avec la troisième vague sont arrivés les rédacteurs web et divers créateurs de contenus – des professionnels qui envisagent leurs textes comme un ensemble de mots (et non de données) et qui cherchent à écarter toute interférence entre eux et leur travail.
En dépit de ces nombreux changements, nous avons été capables d’offrir une remarquable stabilité à nos utilisateurs : ce sont des gens qui veulent essentiellement que le travail soit fait. On leur fournit donc des outils simples et efficaces.
Quels sont les projets les plus étonnants qui ont été réalisés avec BBEdit ?
Il y en a tant ! Nos clients ont utilisé BBEdit pour rédiger des romans, des thèses de doctorat et d’autres projets d’écriture volumineux. Quelqu’un a fait appel au logiciel pour contrôler un drone de la taille d’un avion de combat à partir d’un processus entièrement automatisé : le système de contrôle de l’appareil envoie des données en temps réel à BBEdit qui sont analysées, corrigées et renvoyées au drone par des ingénieurs en quelques secondes. Le Human Genome Project, un programme visant à établir le séquençage complet de l'ADN du génome humain, emploie également BBEdit pour analyser des séquences longues de l’ADN.

Comment le logiciel a-t-il évolué au fil du temps ?
BBEdit a connu des vagues de transformations successives. On l’a d’abord équipé d’un port PowerPC (un type de microprocesseur). Ensuite, on a créé un composant OpenDoc (une infrastructure de logiciels multi-plateformes créée par Apple), et une partie de l’architecture interne mise en place est toujours utilisée.
Nous avons complètement réécrit son architecture interne, puis nous avons ajouté un port macOS, et enfin un port Intel (BBEdit a été la première app tierce à être intégrée de façon native dans le nouvel OS). L’année dernière, nous avons finalisé la réécriture du logiciel, en ajoutant la bibliothèque logicielle AppKit.
Entre l’ajout de PowerPC et d’OpenDoc, il y a eu un développement supplémentaire : la naissance du World Wide Web (Internet). BBEdit disposait à l’époque d’une option plug-in et deux de nos clients (l’un en Angleterre, l’autre en Espagne) ont indépendamment créé des outils de balisage en langage HTML. On était en 1995 et on ne savait pas ce qu’était l’HTML, mais on voyait que cela mènerait quelque part. Nous avons donc évalué ces outils et en avons incorporé certains à BBEdit. Jamais nous n'aurions cru à ce qui allait suivre...
BBEdit a un succès incroyable. Selon vous, à quoi cela tient-il ?
Nous avons toujours montré le plus grand respect pour nos utilisateurs. À chaque décision, esthétique ou fonctionnelle, on se pose les mêmes questions : « De quoi ont besoin les clients ? » et « Comment peut-on optimiser leur productivité ? ». On ne se demande jamais comment leur donner ce qu’ils réclament, car ce n’est pas la bonne question à poser. Le Mac a été créé pour aider les gens à réaliser de grands projets. C’est en cela que l’on croit.